LES CONTES DU POMMIER

Il y a une scène que beaucoup de parents redoutent. Celle où un enfant lève les yeux et pose la question qu’on n’attendait pas: « Mamie, elle est où maintenant ? » On bafouille, on détourne, on promet d’en parler plus tard. Les Contes du Pommier choisit d’y répondre et il le fait avec des marionnettes, du bois, de la laine et une infinie douceur.

Suzanne a 8 ans, deux frères et un grand-père qui ne raconte plus d’histoires depuis que sa femme est partie. La maison sent le silence. Tom ne comprend pas vraiment pourquoi elle ne revient pas. Derek se réfugie dans un arbre. Et Suzanne, elle, décide de prendre les choses en main à sa façon : en inventant des contes, trois ingrédients à la fois, comme le faisait autrefois l’absente. C’est ce fil conducteur simple, juste, profondément humain qui tient ensemble trois histoires distinctes, portées par quatre réalisateurs venus de quatre pays différents. Une architecture chorale qui aurait pu partir dans tous les sens. Elle trouve au contraire une cohérence remarquable, parce qu’elle est traversée par une seule et même question : comment fait-on pour continuer à vivre quand quelqu’un qu’on aime n’est plus là ?

Les trois récits qui composent le film parlent de solitude, de peur, de vieillesse et de perte sans jamais verser dans l’angoisse, mais sans mentir non plus. Les personnages traversent de vraies épreuves. Ils ne s’en sortent pas grâce à un super-pouvoir ou à un coup de baguette magique, mais grâce à l’imagination, à l’empathie, et au fait d’être ensemble. C’est une philosophie que l’on doit à l’auteur des nouvelles originales, l’écrivain tchèque Arnošt Goldflam, un homme de théâtre devenu père sur le tard, qui a écrit ces histoires avec la conscience aiguë du temps qui passe. Son idée centrale : même ce qui semble cassé, inutile ou oublié peut retrouver une place. Une conviction que le film incarne jusque dans sa forme.

Car Les Contes du Pommier est entièrement réalisé en stop-motion, cette technique d’animation artisanale où chaque mouvement est sculpté à la main, image par image, millimètre par millimètre.  Les marionnettes ont des imperfections. On devine parfois la texture des matériaux, la chaleur des mains qui les ont fabriquées. Et c’est précisément là que réside leur pouvoir : elles semblent habitées. Elles ont l’air d’avoir vécu. Pour raconter le deuil et la mémoire, difficile d’imaginer meilleur outil.

There is a scene many parents dread. The one where a child looks up and asks the question you never saw coming: « Where is Grandma now? » You stumble over your words, you look away, you promise to talk about it later. Tales of the Magic Garden chooses to answer and it does so with puppets, wood, wool, and infinite tenderness.
 
Suzanne is 8 years old, has two brothers, and a grandfather who has stopped telling stories since his wife passed away. The house is filled with silence. Tom doesn’t quite understand why she isn’t coming back. Derek takes refuge in a tree. And Suzanne, in her own way, decides to take matters into her own hands: by making up tales, three ingredients at a time, just as the absent one used to do. This simple, honest, deeply human thread holds together three distinct stories, carried by four directors from four different countries. A choral structure that could easily have unravelled. Instead, it finds a remarkable coherence, driven by a single underlying question: how do we keep living when someone we love is no longer here?
 
The three stories that make up the film deal with loneliness, fear, old age, and loss — never tipping into dread, but never sugarcoating reality either. The characters face genuine hardship. They don’t find their way through with superpowers or a wave of a magic wand, but through imagination, empathy, and the act of being together. This philosophy belongs to the author of the original short stories, Czech writer Arnošt Goldflam — a theatre man who became a father late in life, and who wrote these tales with a keen awareness of passing time. His central idea: even what seems broken, useless, or forgotten can find its place again. A conviction the film embodies right down to its form.
 
For Tales of the Magic Garden is made entirely in stop-motion — that artisanal animation technique where every movement is shaped by hand, frame by frame, millimetre by millimetre. The puppets are imperfect. You can sometimes sense the texture of the materials, the warmth of the hands that crafted them. And that is precisely where their power lies: they seem inhabited. They look as though they have lived. For telling stories of grief and memory, it’s hard to imagine a better tool.
 

Le film est né d’une aventure de coproduction européenne assez unique : quatre sociétés de production (française, tchèque, slovaque et slovène) ont travaillé ensemble sur un pied d’égalité, chacune prenant en charge un segment tout en partageant une vision commune. Le résultat est un vrai objet de cinéma, cohérent malgré la diversité des regards. Cette dimension européenne se ressent à l’écran. Chaque conte a sa propre atmosphère visuelle, son propre tempo, sa propre façon de laisser entrer le merveilleux dans le quotidien. Mais tous parlent la même langue : celle de l’enfance prise au sérieux.

Les Contes du Pommier est le genre de film qui donne envie de parler aux enfants de ce qu’ils ont vu, mais aussi aux adultes de ce qu’ils ressentent. Le trajet retour en voiture, le dîner qui suit, il y a fort à parier que les questions fusent, et que les réponses viennent un peu plus facilement qu’avant. Un film familial réussi où chaque génération trouve quelque chose qui lui appartient.

En salles le 8 avril 2026.

The film grew out of a rather unique European co-production venture: four production companies — French, Czech, Slovak, and Slovenian — worked together as equals, each taking charge of one segment while sharing a common vision. The result is a genuine piece of cinema, coherent despite the diversity of perspectives. This European dimension is felt on screen. Each tale has its own visual atmosphere, its own tempo, its own way of letting the marvellous slip into the everyday. But all of them speak the same language: that of childhood taken seriously.

Tales of the Magic Garden is the kind of film that makes you want to talk to children about what they’ve just seen — and makes adults want to share what they feel. On the drive home, over dinner, chances are the questions will come pouring out, and the answers will come a little more easily than before. A family film that truly works: one where every generation finds something that belongs to them.

In cinemas 8 April 2026

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